Pourquoi la révolution Ehrenberg-Bass change la manière de penser la performance de marque, et comment l’approche Stat & More permet de quantifier empiriquement la disponibilité mentale et la force des actifs distinctifs.
Mesurer ce qui rend une marque mentalement disponible
Depuis une vingtaine d’années, un ensemble de travaux issus de l’Ehrenberg-Bass Institute, popularisés notamment par Byron Sharp et Jenni Romaniuk, a profondément renouvelé la compréhension de la performance de marque. Au cœur de cette école : deux notions étroitement liées, la disponibilité mentale et les actifs de marques distinctifs.
La disponibilité mentale désigne la probabilité qu’une marque vienne à l’esprit du consommateur au moment où il a un besoin dans la catégorie. Contrairement à la notoriété statique mesurée hors contexte, c’est une notoriété dynamique, situationnelle et compétitive : elle intervient à chaque occasion d’achat, à la jonction entre les stimuli environnementaux et la mémoire associative du consommateur.
Les éléments distinctifs de la marque, eux, sont les éléments sensoriels, visuels ou verbaux (couleurs, typographies, sons, personnages, emballages, slogans, motifs…) qui “signent” une marque de manière unique et la rendent instantanément reconnaissable. Ils sont le carburant de la disponibilité mentale : ce sont eux qui activent la marque dans la mémoire au moment crucial, sans nécessiter de traitement cognitif coûteux.
Quatre mécanismes structurent ce dispositif :
- le caractère distinctif, capacité d’un signe à être propre et unique à la marque,
- le rappel spontané,
- le processus d’amorçage, activation de la marque par un stimulus,
- et la reconnaissance fluide.
Cet article détaille chacun de ces mécanismes, montre comment ils s’articulent, et présente la manière dont l’approche Stat & More, avec ses scores d’unicité et de richesse, et sa modélisation LDA des motifs associatifs, les opérationnalise pour produire un diagnostic actionnable.
Pourquoi la disponibilité mentale change la donne
Une marque forte n’est pas celle qu’on aime le plus dans l’absolu. C’est celle qui vient à l’esprit la première, dans le bon contexte, au bon moment.
L’approche traditionnelle du marketing reposait largement sur l’idée d’une préférence stable : les consommateurs auraient “leur” marque préférée, à laquelle ils resteraient fidèles tant que rien ne viendrait briser la relation. Les travaux de l’Ehrenberg-Bass Institute ont remis en cause ce postulat de manière empirique. À partir d’observations massives sur des dizaines de catégories et de marchés, ces chercheurs ont montré que la plupart des acheteurs n’ont pas une marque unique préférée mais un répertoire de marques dans lequel ils piochent en fonction des occasions, des contextes et des stimuli environnementaux.
Dans cette perspective, gagner des parts de marché ne consiste pas tant à “convertir” des clients fidèles à la concurrence qu’à augmenter la probabilité d’être choisi par le plus grand nombre d’acheteurs possible, dans le plus grand nombre d’occasions possible. Cela passe par deux leviers principaux : la disponibilité physique (être présent dans les points de vente, en ligne, dans les contextes d’achat), et la disponibilité mentale (venir à l’esprit au moment de la décision).
Cette logique a deux conséquences pratiques majeures. D’une part, elle valorise la large couverture, y compris des acheteurs occasionnels et des non-clients, plutôt que les approches très ciblées focalisées sur une niche fidèle. D’autre part, elle met l’accent sur les codes distinctifs, ce que la marque “est” sensoriellement, plutôt que sur les seuls messages persuasifs. Une marque dont les codes sont fortement reconnus et fortement liés à la marque dispose d’un avantage concurrentiel mesurable et durable, quelle que soit l’intensité de sa pression média.
La disponibilité mentale : une notoriété en situation
La disponibilité mentale mesure la facilité avec laquelle une marque est mentalement “rappelée” dans une situation d’achat ou de consommation. Elle se distingue de la simple notoriété par son caractère situationnel et compétitif.
Une notoriété qui dépend du contexte
Une marque peut être très connue dans l’absolu (notoriété assistée à 90 %) mais être faiblement disponible mentalement parce que peu de stimuli environnementaux du quotidien l’activent. À l’inverse, une marque moins connue peut être très disponible mentalement dans un contexte précis parce qu’elle est fortement associée à des situations d’usage, des moments de la journée, des bénéfices fonctionnels ou des émotions spécifiques.
C’est pour cela que la disponibilité mentale se mesure à travers des des points d’entrée de catégorie (category entry points, CEP), les multiples portes d’entrée mentales par lesquelles la catégorie est activée. Plus une marque est associée à un grand nombre de CEP pertinents, plus elle a de chances d’être pensée au moment où le besoin émerge. Cette logique “par occasions” remplace utilement l’idée d’une notoriété abstraite et hors-sol.
Les deux piliers du modèle Ehrenberg-Bass
La disponibilité mentale repose sur deux piliers, fortement documentés par la recherche empirique.
- D’abord, la norme de la marque dans la mémoire (norm-based memory) : à quel point la marque fait-elle partie du paysage mental “par défaut” d’un consommateur ?
- Ensuite, la richesse des associations contextuelles : combien de stimuli environnementaux différents activent la marque, et avec quelle force ?
Ces deux piliers expliquent pourquoi les leaders de marché sont presque toujours ceux qui dominent le territoire mental de leur catégorie : ils sont “par défaut” dans la mémoire, et activés par un grand nombre de situations d’usage. C’est ce que les chercheurs appellent le double jeopardy : les marques peu disponibles mentalement souffrent d’un double désavantage : moins d’acheteurs et moins d’occasions par acheteur.
Implications stratégiques
Ces enseignements bouleversent plusieurs réflexes traditionnels. Pour maximiser la disponibilité mentale, il faut viser une large couverture mentale plutôt qu’une niche profonde, privilégier des campagnes mémorables et cohérentes plutôt qu’un micro-targeting éclaté, et investir massivement dans la consistance des codes distinctifs. C’est une logique “anti-fidélité” au sens où elle remet en question l’obsession de la rétention au profit d’une conquête mentale large.
Les éléments distinctifs de la marque : ce qui “signe” la marque
Les éléments distinctifs de la marque sont les codes sensoriels qui rendent une marque immédiatement reconnaissable et activable mentalement, sans nécessiter de traitement cognitif coûteux. Couleurs, typographies, formes, sons, jingles, personnages, mascottes, packagings, slogans, gestes signatures … : tout élément qui “vaut pour” la marque dans la mémoire collective fait partie de ce répertoire.
Le rôle d’un raccourci mental
Le rôle des éléments distinctifs de la marque est de créer un raccourci mental. Au lieu de devoir lire un nom, traiter un message ou décoder une intention, le cerveau associe instantanément un signe à une marque. Cette économie cognitive est décisive dans deux types de contextes : les environnements saturés (rayons de grande distribution, fils d’actualité numériques, panneaux publicitaires) où l’attention est fragmentée, et les décisions rapides (achats à faible implication, comparaison express, consultation rapide sur mobile) où le temps de traitement est minimal.
Quelques exemples illustrent la puissance de ces actifs. La couleur rouge de la gaufrette KitKat, le logo en virgule de Nike, la forme de la bouteille Coca-Cola, la mascotte M&M’s, le “ta-dum” de Netflix, le “plop " d’ouverture caractéristique d’un petit pot pour bébé Bledina ou encore le “pschitt” d’ouverture caractéristique d’une bouteille de Perrier : tous fonctionnent comme des signatures universelles, capables d’activer la marque sans même que son nom soit prononcé ou lu.
Des actifs qui ne sont pas décoratifs
Le point essentiel est que ces actifs ne sont pas décoratifs. Ils ne sont pas un luxe esthétique destiné aux directions marketing, mais un véritable levier de performance commerciale. Les recherches Ehrenberg-Bass documentent le fait qu’une marque dotée d’un répertoire fort d’éléments distinctifs de la marque gagne en part de marché à pression média égale, parce qu’elle amortit mieux ses investissements créatifs dans la mémoire de ses cibles.
Cette efficacité est démultipliée dans l’environnement digital, où les formats sont courts, les attentions courtes et les messages noyés dans le bruit. Une marque dont les codes sont reconnus en quelques dixièmes de seconde possède un avantage compétitif majeur sur celle qui doit, à chaque exposition, “rappeler qui elle est” avant de pouvoir transmettre quoi que ce soit d’autre.
La distinctivité : se démarquer pour exister
La distinctivité est la qualité première d’un bon actif distinctif. Elle mesure à quel point un signe (qu’il soit visuel, sonore ou verbal) est propre à une marque et se différencie clairement des concurrents et de la norme catégorielle.
Plusieurs niveaux d’opération
La littérature décrit la distinctivité comme un phénomène multi-niveaux. Au niveau pré-attentif, un actif distinctif attire le regard ou capte l’oreille avant même que le consommateur ait conscience de l’avoir vu ou entendu. Au niveau sémantique, il établit un lien fort et univoque entre le signe et la marque. Au niveau mémoriel, il facilite l’encodage et le rappel ultérieur, en s’inscrivant comme un point d’ancrage robuste dans la mémoire de marché.
Un actif peut être très visible sans être distinctif (parce qu’il est partagé par toute la catégorie), ou au contraire très distinctif sans être très visible (parce qu’il est sous-exploité dans la communication). La force réelle d’un actif se situe à l’intersection de ces deux qualités : un signe à la fois unique à la marque et activement présent dans son écosystème de communication et de produit.
Évaluer la distinctivité en pratique
En pratique, la distinctivité s’évalue à travers des tests d’association : on présente un signe (un fragment d’image, un son, une couleur, un slogan) et on demande à l’enquêté quelle marque vient à l’esprit. Le pourcentage de réponses correctes, comparé au pourcentage attribué à des marques concurrentes, fournit un score d’unicité de l’actif.
Les marques leaders disposent généralement de trois à cinq actifs distinctifs majeurs, formant un répertoire cohérent et mutuellement renforçant. Ce répertoire constitue un capital stratégique qu’il faut entretenir, protéger juridiquement, et faire évoluer prudemment, sans rupture brutale qui détruirait des années d’investissement mémoriel.
Le rappel spontané : la marque rappelée sans aide
Le rappel spontané est la capacité du consommateur à se souvenir spontanément d’une marque sans aide extérieure. Il est au coeur de la disponibilité mentale parce qu’il mesure la norme de la marque dans la mémoire à long terme.
On distingue traditionnellement le rappel spontané non sollicité (sans aide, top-of-mind, autres rappels spontanés) du rappel aidé, même si dans la logique Ehrenberg-Bass, le vrai marqueur de la disponibilité mentale est le rappel en contexte, c’est-à-dire le rappel déclenché par des stimuli environnementaux de catégorie ou de situation, plutôt que par une question abstraite hors-sol.
Le rôle des actifs distinctifs dans le rappel spontané
Les actifs distinctifs sont des accélérateurs majeurs du rappel spontané. Un jingle, un logo iconique, un personnage récurrent ou un packaging mémorable créent des traces mémorielles fortes qui rendent la marque plus accessible. Plus le répertoire des actifs distinctifs est riche et bien intégré, plus la marque dispose de portes d’entrée pour être rappelée.
C’est pour cette raison que les études Ehrenberg-Bass observent une corrélation directe entre la force du rappel spontané et la part de marché : les marques qui dominent la mémoire de marché dominent aussi les ventes, parce qu’elles sont activées plus souvent dans plus de moments de décision.
Le rappel spontané comme indicateur de tendance
En tracking, le rappel spontané est un indicateur particulièrement sensible aux renouvellements créatifs et à la pression média. Une baisse signale typiquement une érosion de la présence mentale, soit par manque de contenu publicitaire, soit par dilution des codes. Une hausse valide l’efficacité d’une nouvelle vague créative ou d’une activation contextuelle.
Pour des analyses multi-marques, le rappel spontané permet aussi de classer les concurrents dans le territoire mental réel des consommateurs, qui peut différer significativement des classements de notoriété assistée traditionnels.
L’amorçage : la marque déclenchée par un signal
L’amorçage est le mécanisme par lequel un stimulus environnemental (visuel, auditif, contextuel, situationnel …) active la marque dans la mémoire. C’est le mécanisme clé qui relie les actifs distinctifs à la disponibilité mentale : sans amorçage, un actif peut exister dans l’absolu mais ne jamais être activé en situation réelle.
Comment l’amorçage opère
Voir une barre rouge segmentée sur un emballage fait immédiatement penser à KitKat. Entendre les premières notes du jingle Intel fait immédiatement penser à Intel. Apercevoir une silhouette équestre stylisée fait immédiatement penser à Hermès. Lire un slogan court et reconnu fait immédiatement penser à la marque qui en est propriétaire. Dans tous ces cas, l’activation de la marque se fait sans effort conscient, par simple force associative.
La puissance de l’amorçage repose sur l’automatisme du lien associatif. Plus la connexion entre le signal et la marque est immédiate et univoque, plus la disponibilité mentale est élevée. À l’inverse, un actif qui demande un effort de décodage pour être attribué à la marque perd une grande partie de sa valeur en situation rapide.
L’amorçage dans les environnements saturés
L’amorçage prend une importance particulière dans les environnements saturés. En magasin, le packaging distinctif active la marque avant même que le consommateur en ait lu le nom : c’est ce qui permet de capter l’attention dans un linéaire de plusieurs dizaines de références similaires. Sur un écran mobile, l’icône d’application, la couleur d’une vignette ou la mise en page typique d’un format publicitaire jouent le même rôle dans des flux où l’attention ne dure que quelques dixièmes de seconde.
Cette logique a une conséquence opérationnelle forte : Les actifs distinctifs doivent être omniprésents et cohérents sur tous les points de contact. Un actif présent dans la publicité mais absent du packaging, ou inversement, ne peut pas exercer pleinement sa fonction d’amorçage. La cohérence multi-canal est ici un impératif stratégique, pas une coquetterie graphique.
Tester l’efficacité de l’amorçage
Les tests d’amorçage mesurent cette efficacité par une exposition brève à un actif, suivie d’une question d’association. La rapidité de la réponse, son taux de succès et son caractère univoque constituent les principaux indicateurs. Les marques avec un fort amorçage obtiennent de meilleurs résultats dans les “moments de choix imprévus”, ces situations où le consommateur n’avait pas anticipé la décision et doit s’appuyer sur ce qui lui vient à l’esprit.
La reconnaissance : la marque identifiée fluidement
La reconnaissance est la capacité à identifier une marque quand elle est présentée. Moins exigeante que le rappel, qui demande une production active de mémoire, la reconnaissance s’appuie sur la simple familiarité et sur la fluidité de traitement (processing fluency).
Une mécanique cognitive différente
La distinction entre rappel et reconnaissance est ancrée dans la psychologie cognitive. Le rappel est un processus de récupération “depuis zéro” : à partir d’un indice abstrait (la catégorie, le besoin), il faut produire le nom de la marque. La reconnaissance, au contraire, est une tâche de jugement : “est-ce que je connais ce signe ?”. Elle est moins coûteuse cognitivement et plus stable dans le temps.
Les actifs distinctifs excellent en reconnaissance parce qu’ils créent une signature pré-attentive : le consommateur “sait” qu’il connaît la marque sans avoir à mobiliser un effort de traitement. Cette fluidité de traitement est elle-même associée à un biais positif : ce qui est traité de manière fluide est jugé plus crédible, plus familier, plus sympathique, même en l’absence d’attachement émotionnel explicite.
Une métrique cruciale en contexte de choix rapide
La reconnaissance est particulièrement importante dans les contextes de choix rapide : achats de routine, navigation sur mobile, comparaison express en rayon. Une marque bien reconnue bénéficie d’un avantage automatique, qui se traduit par une probabilité de choix supérieure même à intention déclarée équivalente.
En étude, la reconnaissance se teste par des tâches d’association marque-image, de chronométrage de réponse, ou de mesure de la confiance d’identification. Combinée au rappel, elle fournit une vue complète de la disponibilité mentale : rappel pour la salience spontanée, reconnaissance pour la robustesse et la fluidité de traitement. Les marques leaders combinent les deux dimensions à un haut niveau, ce qui leur confère une domination mentale particulièrement difficile à déloger.
La boucle vertueuse qui relie les concepts
La distinctivité, le rappel spontané, l’amorçage et la reconnaissance ne sont pas des concepts isolés. Ils s’enchaînent dans une boucle vertueuse qui constitue la mécanique même de la disponibilité mentale.
La distinctivité produit des actifs uniques à la marque. Ces actifs, à mesure qu’ils sont diffusés, facilitent le stimulus en situation : ils déclenchent la marque dans un grand nombre de contextes. Ce stimulus répété renforce le rappel (la marque est rappelée plus souvent et plus facilement) et la reconnaissance (elle est identifiée plus rapidement et plus fluidement). À leur tour, rappel et reconnaissance élevés augmentent la probabilité d’achat. Et chaque achat (chaque exposition au packaging, à l’expérience produit, à l’usage répété) renforce les associations entre les actifs et la marque, et donc la distinctivité perçue.
C’est cette boucle qui explique la supériorité durable des marques disposant d’un répertoire riche d’actifs distinctifs : elles bénéficient d’effets de renforcement cumulatifs que la concurrence peine à rattraper, même à pression média égale ou supérieure. C’est aussi pourquoi la rupture des codes distinctifs (refonte radicale d’identité, abandon de mascottes ou de slogans installés, repositionnement créatif brutal) est une décision à risque élevé : elle interrompt cette boucle et oblige à reconstruire patiemment ce qui s’était sédimenté pendant des années.
Mesurer la disponibilité mentale : l’approche Stat & More
Mesurer la disponibilité mentale et la force des actifs distinctifs ne se résume pas à compter les rappels spontanés. Cela suppose un dispositif méthodologique spécifique, combinant des tests d’association, des tests d’attribution, des analyses de motifs associatifs et des modélisations statistiques avancées.
Chez Stat & More, nous avons développé une approche structurée autour de deux scores complémentaires, unicité et richesse combiné à une modélisation LDA (Latent Dirichlet Allocation) des motifs associatifs.
Le score d’unicité : la mesure de la distinctivité
Le score d’unicité quantifie la distinctivité d’un actif donné (une image, un signe, un fragment visuel, un slogan). Il s’agit, conceptuellement, de mesurer à quel point cet actif est associé à une seule marque dans l’esprit des consommateurs, plutôt qu’à plusieurs concurrents ou à la catégorie générique.
Plus le score est élevé, plus l’actif est un signe fort de la marque. Un score d’unicité faible indique un actif générique (par exemple une couleur partagée par plusieurs concurrents, ou un code visuel commun à toute la catégorie) : il peut être agréable, voire identitaire pour la marque, mais il ne fonctionne pas comme un véritable actif distinctif au sens d’Ehrenberg-Bass.
Ce score est particulièrement utile pour arbitrer un répertoire : quels actifs méritent d’être amplifiés ? Lesquels doivent être consolidés ? Lesquels sont en train de se diluer face à des concurrents qui les imitent ? Lesquels, enfin, n’ont jamais véritablement gagné en unicité et devraient être abandonnés au profit d’investissements plus rentables ?
Le score de richesse : la densité du répertoire
Le score de richesse prolonge cette logique au niveau de la marque dans son ensemble. Il quantifie la densité du répertoire des actifs distinctifs : combien d’éléments distinctifs forts la marque possède-t-elle, et avec quelle profondeur ?
Une marque peut avoir un seul actif extrêmement fort (un logo iconique, par exemple) mais un répertoire pauvre par ailleurs. Une autre peut bénéficier d’un répertoire riche (plusieurs codes visuels, sonores, verbaux, comportementaux) tous moyennement distinctifs mais cumulant leurs effets. La richesse capture cette dimension d’épaisseur et d’orchestration du répertoire.
L’intérêt stratégique est double : la richesse mesure la résilience de la marque (la perte ponctuelle d’un actif n’est pas catastrophique si le répertoire global est dense), et elle mesure aussi sa capacité d’activation multi-canal (plus le répertoire est riche, plus la marque peut être mobilisée dans des contextes variés).
La modélisation par allocation de Dirichlet latente (LDA) des motifs associatifs
Au-delà des scores synthétiques, nous mobilisons des techniques de modélisation Latent Dirichlet Allocation (LDA) pour explorer la structure latente des associations consommateurs. Initialement développée pour l’analyse textuelle, la LDA permet d’identifier les thèmes ou motifs sous-jacents à un grand corpus d’associations marque-attributs, marque-situations ou marque-stimuli environnementaux sensoriels.
Concrètement, cette approche permet de cartographier les grands territoires associatifs mobilisés par les consommateurs, d’identifier ceux où la marque est dominante, ceux où elle est en compétition ouverte, et ceux où elle est absente. Elle permet aussi de prédire la disponibilité mentale future à partir de la structure actuelle des motifs associatifs, en repérant les zones de vulnérabilité émergentes ou les opportunités de conquête mentale.
Cette modélisation est particulièrement puissante pour orienter les choix créatifs et médias : elle permet de fonder les briefs sur une connaissance fine de ce qui est déjà installé, de ce qui est à consolider, et de ce qui reste à conquérir dans la mémoire de marché.
Tracking, applications stratégiques et limites
Le tracking longitudinal des actifs
Comme pour le “brand health” classique, ces métriques prennent toute leur valeur dans une logique longitudinale. Un score d’unicité ou de richesse n’a pas la même portée s’il est stable depuis trois ans, en progression continue, ou en dégradation rapide. Le tracking permet de détecter précocement l’érosion d’un actif, l’imitation par un concurrent, ou les bénéfices d’une nouvelle vague créative.
Couplé aux métriques classiques de “brand health” (notoriété, consideration, usage), le suivi de la distincitivité et de la richesse fournit une lecture à 360° de la santé de marque, en intégrant la dimension cognitive et sensorielle souvent absente des trackings traditionnels.
Applications stratégiques
Les implications opérationnelles sont multiples. Côté création, les scores d’unicité et de richesse aident à arbitrer entre différentes pistes : quelle direction renforce le mieux le répertoire existant ? Quel élément mérite d’être systématisé ? Côté média, ils aident à orienter la pression vers les actifs à fort potentiels et à éviter de sur-investir des codes déjà saturés. Côté architecture de marque, ils éclairent les décisions d’extension, de co-branding ou de refonte d’identité.
Plus largement, prioriser la distincitivité sur la “sympathie” pure (c’est-à-dire investir d’abord dans la mémorabilité avant l’agrément) est l’un des messages les plus contre-intuitifs et les plus puissants de l’école Ehrenberg-Bass. Une marque mémorable mais peu aimée performe souvent mieux qu’une marque aimée mais peu mémorable.
Limites et perspectives
Cette approche n’est pas sans limites. Elle suppose un comportement d’achat relativement léger : dans les achats fortement impliqués (immobilier, automobile haut de gamme, services B2B critiques), la préférence raisonnée joue un rôle plus important que la simple disponibilité mentale. De plus, les actifs distinctifs doivent évoluer pour éviter la banalisation, sans pour autant rompre la continuité mémorielle : un équilibre subtil qui demande méthode et discipline.
Les évolutions récentes intègrent l’intelligence artificielle pour analyser des motifs visuels massifs (images, vidéos, captures d’écran) et prédire la distincitivité sur la base de signatures formelles. Malgré cela, les piliers empiriques restent stables : rappel, amorçage, reconnaissance et distinctivité continuent de structurer la lecture, et les scores d’unicité et de richesse offrent un cadre opérationnel pour les opérationnaliser au quotidien.
Envie de mesurer la disponibilité mentale et la force des actifs distinctifs de votre marque ?
Si vous menez déjà des trackings de marque ou des études d’image, vous disposez probablement de la matière nécessaire pour explorer la dimension de la disponibilité mentale et auditer la force de votre répertoire des actifs distinctifs.
Chez Stat & More, nous accompagnons nos clients de bout en bout :
- De la conception des dispositifs de mesure (tests d’association, tests d’amorçage, matrices marque-attributs) à leur déploiement opérationnel.
- Du calcul des scores d’unicité et de richesse à la mise à disposition de tableaux de bord exploitables par les équipes marketing et création.
- De la modélisation LDA des motifs associatifs aux recommandations actionnables sur les choix créatifs, médias et d’architecture de marque.
Pour découvrir comment cette approche peut s’appliquer à votre marque, nous vous invitons à consulter notre site et à nous contacter :
- Site Stat & More : https://statandmore.com
- Présentation de Stat & More : https://statandmore.com/fr/blog/sam-presentation/
- Article “Fondations du Capital de Marque” : https://statandmore.com/fr/blog/sam-brandequity_01/
- Article “Performance de Marque” : https://statandmore.com/fr/blog/sam-brand_performance/
Vous souhaitez auditer la disponibilité mentale de votre marque, mesurer la distinctivité de vos actifs ou structurer un dispositif de tracking adapté à vos enjeux ? Contactez-nous dès aujourd’hui pour échanger sur vos enjeux et construire ensemble un dispositif d’évaluation véritablement utile à votre pilotage de marque.
Pour approfondir nos méthodologies d’études et d’analyse, retrouvez nos articles sur le blog Stat & More.
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✔ Sharp, B. (2013). How Brands Grow: What Marketers Don’t Know. Oxford University Press. https://global.oup.com/academic/product/how-brands-grow-9780195573565?cc=fr&lang=en&
✔ Romaniuk, J., & Sharp, B. (2016). How Brands Grow: Part 2. Oxford University Press. https://global.oup.com/academic/product/how-brands-grow-2-revised-edition-9780190330026?cc=fr&lang=en&
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